Quelle attitude pour le travail avec les réglettes ?

Pour un travail efficace, et serein, quelques principes importants pour adopter une attitude vraiment bénéfique et constructive.

Plaisir des nombres - Garder une attitude positive pour le travail avec les réglettes de CuisenaireAccueillir toutes les réponses

   J’insiste dès maintenant beaucoup sur ce point essentiel : il n’y a pas de mauvaises réponses ! Toutes les réponses sont bonnes puisqu’elles sont la preuve de la réflexion que votre enfant est en train de mener pour répondre à une question ou résoudre un problème. C’est-à-dire plus précisément : toutes les réponses permettent à votre enfant de s’interroger : c'est-à-dire de douter. De s’orienter : c'est-à-dire d'imaginer une réponse ou un élément de réponse.  De cheminer à travers toutes sortes d’idées : c'est-à-dire d'en refuser certaines comme inadéquates, d'en affirmer d'autres comme possibles et de vérifier le tout à l'aide d'un raisonnement.

La réponse que l’on qualifie de « juste » est en fait l’aboutissement de ce cheminement.

   Donc, accueillez toutes les idées avec la même bienveillance.

Oui, mais... Alors, comment faire si la réponse de votre enfant ne correspond pas à ce que vous attendiez ? Accueillir une idée ne veut pas dire l'accepter comme vraie...

Aidez-le à faire tout seul

   Votre enfant n’a peut-être pas tout à fait l’habitude. Surtout s’il est à l’école depuis quelques années. Il va peut-être attendre au départ que vous lui disiez si la réponse est juste ou pas. Vous n'êtes pas censé tout savoir, ni avoir la réponse à tout.

   Outre le point précédent, faites un usage abondant de l’autocorrection. Donnez-lui l’opportunité de se faire une idée par lui-même de sa réponse. C’est un des énormes avantages de la manipulation des réglettes, il peut vérifier lui-même si l'idée qu'il a eu lui permet de répondre à la question.

  Vous pouvez l’engager à vérifier par des phrases comme : « Es-tu sûr ? », « As-tu bien vérifié ? » « Et si tu vérifiais encore une fois ? », « Tiens ! moi je ne voyais pas cette réglette, qu’en penses-tu ? »…

  Et il va se corriger lui-même, si vous l'amenez à cette attitude. Vous ne lui donnez pas de réponse toute faites, vous le stimulez à chercher. Et de plus, il arrive très souvent qu'un enfant prenne une réglette affirme que c'est la bonne et commence à douter en l'affirmant. Que la réflexion se fasse petit à petit et que la correction vienne d'elle-même... si on a laissé un espace pour cela ! Si l'adulte intervient trop vite, immédiatement, dès que la réglette est choisie, alors votre enfant n'a eu aucune opportunité d'évaluer lui-même si sa réponse est la bonne, ni de se reprendre.

   C'est comme un ami qui vous dirait « Je passe chez le boulanger pour me faire coiffer... », et se reprend en s'entendant « Mais qu'est-ce que je raconte, moi ?? Pour acheter le pain, bien sûr ! ». Rien qu'en s'écoutant parler, nous nous reprenons généralement tout seul, et ce n'est pas très agréable si notre voisin de bureau nous en fait la remarque... Parce que oui, bien sûr, qu'on le sait... Pour votre enfant, c'est pareil, bien sûr qu'il le sait, et va se reprendre tout seul !

Alors, attention aux réflexes d’intervention, sous prétexte d’aide, qui nous poussent parfois à agir un peu trop vite quand il faudrait simplement attendre….

Du temps, rien que du temps…

Plaisir des nombres - Maths et Cuisenaire - Prendre son temps   Patience ! Oui, attendre que l’idée, la correction, le chemin, les liens entre les idées se développent dans la tête de votre enfant. Et quelque soit le temps que cela prend, ce qui sera acquis de cette manière est fixé pour longtemps. Nous ne nous rappelons pas forcément du temps que nous avons mis pour comprendre que 1 plus 1 égal 2. Alors, maintenant que c’est clair pour nous, nous sommes pressés de le montrer à notre enfant.

   Et plus tard, au collège, au lycée, les élèves croient souvent que tout exercice ou problème en mathématique peut être résolu en 30 secondes. Pourquoi ? Parce que l'enseignant arrive, donne une définition, un exercice et le résout rapidement. Alors, les élèves ne peuvent pas se rendre compte du temps que cela a prit pour préparer l'exercice, pour le comprendre, pour connaître le chemin (ou l'un des chemins) qui mènent à la solution.

   Mais c’est souvent une erreur. Une erreur importante. Car, d'une part, nous ne pouvons pas comprendre à sa place. Et d'autre part, cela cache à notre enfant la clé, peut-être la plus importante des mathématiques : rien ne se fait rapidement ! Paris ne s'est pas fait en un jour, les maths non plus. Il faut de la patience et de la persévérance pour atteindre le bonheur de penser.

   Car après tout, s’il lui faut une minute pour trouver la bonne réglette, qu’est-ce qu’une minute sur une vie ? Une fois la bonne réglette trouvée, quelque chose se sera fixé dans son esprit. En plus de la confiance. En plus du plaisir d’avoir trouvé. C’est inestimable. Et ça vaut bien une minute.

Bon d'accord... mais et moi dans tout ça ?

Plaisir des nombres - L'attitude optimale - Choisir, guider et stimuler pendant le travail avec les réglettes de Cuisenaire

Guider son enfant, l'aider à se surmonter...

Beaucoup d’adultes se demandent alors ce qu’ils doivent faire si l’enfant découvre tout seul... Ne nous méprenons pas, dans ce domaine: le rôle de l’adulte est absolument capital. Pour trois raisons fondamentales :

  1. Vous choisissez une situation particulière et la proposez à votre enfant. C’est vous qui faîtes ce choix. Et vous avez un but précis : permettre à votre enfant de se confronter à un problème particulier. Parce que vous savez qu’en résolvant ce problème-là, votre enfant va découvrir une notion, une règle, une propriété... quelque chose qu’il doit savoir.
  2. Vous guidez votre enfant dans sa réflexion. Par des questions intermédiaires, plus précises. Ou bien en l'orientant vers des étapes complémentaires. Vous savez vers quoi vous voudriez l'emmener. Et vous apportez la bienveillance. C'est fondamental, car ainsi, vous développez sa confiance : 1/ sa confiance en vous, c’est ce qui le soutient dans sa progression. Il accepte ce que vous lui proposez parce qu’il a confiance. 2/ Sa confiance en lui, en ses propres capacités. Parce qu’il réussit à répondre aux questions, il acquiert l’idée qu’il en est capable. Puisque vous le laissez réfléchir, l’idée s’insinue en lui que c’est normal qu’il ait besoin de ce temps.
  3. Vous stimulez et adaptez le travail par des réflexions, des questions, des remarques positives. Qui n’a pas, un jour, été confronté à une baisse d’envie, de motivation, une fatigue qui ralentit, même dans un domaine qu’on aime beaucoup ? Votre rôle est de repérer ces moments et de l’encourager, de l’aider à se dépasser. Bien sûr, la meilleure stimulation est la réussite de ce qu’il entreprend. Cette réussite engendre une forte envie de recommencer, car tous les êtres humains aiment particulièrement faire ce qu’ils réussissent à faire.

En résumé, vous posez des questions choisies pour les problèmes qu’elles soulèvent et votre enfant y répond par sa propre recherche. Donc l’enfant ne fait pas tout tout seul, il réfléchit et comprend par lui-même...
Ne pas oublier que le cheminement intellectuel suivi par l'enfant pour répondre à une question est souvent beaucoup plus constructif et structurant que le résultat lui-même.

Alors laissons-lui  le temps de chercher, de proposer et de s'évaluer. Sans impatience.

S’imprégner doucement, durablement

   Lorsque votre enfant était tout petit, vous lui avez parlé de voiture, de train, d’avion, de vélo, en partant quelque part, avant qu’il sache ce que c’était. Vous lui avez parlé de téléphone, d’ordinateur, de livre bien avant qu’il soit capable de les utiliser lui-même. Des parents musiciens parlent des instruments souvent et leur enfant est alors capable de les reconnaître très tôt. Un enfant de parents bilingues parle facilement plusieurs langues, sans grand effort. Et c’est pareil pour tous les enfants qui s’imprègnent des activités de leur parents.

   Parce que l’imprégnation est une voie extrêmement efficace pour l’apprentissage. Qu’est-ce que c’est ? C’est le fait d’entendre souvent répéter un mot, parler d’une idée, d'utiliser une phrase… De l'entendre sans le comprendre au début, mais de l'entendre souvent dans une situation ou pour un objet identique. Petit à petit, sans s'en apercevoir, on finit par savoir que la lune est cette chose brillante la nuit, que les clés sont ces objets de toutes formes, mais similaires qui permettent d'ouvrir une porte, que les chaussures c'est ce qu'on met à ses pieds pour sortir... Ça devient alors comme une évidence, une référence, ça s’imprègne dans l’esprit, sans effort, par habitude, par l’environnement.

   Eh bien, utilisez autant que possible cette voie simple et si efficace. Lorsque vous travaillez avec les réglettes. Par exemple, il y a une fête et vous coupez une tarte ? Dîtes à votre enfant que vous devez diviser la tarte en autant de part qu’il y a de convives. N’hésitez jamais à utiliser les mots justes. Parce que les enfants ne trouvent pas forcément compliqué d'utiliser un mot plutôt qu'un autre dans une période où de toute façon, tous les jours, ou presque, ils rencontrent un mot nouveau.

Je détaille cela dans cet article.

Parler pour découvrir

   Vous pensez que tous ces termes sont trop compliqués pour votre enfant ? Alors rassurez-vous, ça ne lui posera aucun problème. Ou du moins, pas tant que vous ne lui dîtes pas que c’est compliqué. Pourquoi en suis-je si sûr ? Par l'expérience. Et parce que les enfants sont habitués à vivre dans la nouveauté. Ils découvrent tant de choses constamment autour d’eux. C’est leur quotidien, en quelque sorte, le monde n'est fait que de choses nouvelles qu'ils ne comprennent pas. Et à l’école, normalement, c’est nouveau quasiment tous les jours ou presque. Un mot de plus, il n’y a là rien d’inquiétant pour votre enfant. Et comme il l’entendra régulièrement, il finira par le connaître sans l’avoir appris. Tout comme il a fini par savoir à quelle idée correspond les mots jour.. mois… année… , à force de les entendre dans un certain contexte.

Et toujours du plaisir

Et bien sûr, ne jamais perdre de vue que l’apprentissage par les réglettes sera plus efficace si la notion de plaisir est là. Le jeu au début, les défis ensuite, le plaisir de se corriger sois-même, le plaisir de découvrir la bonne réponse et de savoir ! Et le plaisir d'inventer soi-même, ce n'est pas rien !

Plaisir des nombres - Commentaires sur l'attitude avec les réglettes de Cuisenaire

1 thought on “Quelle attitude pour le travail avec les réglettes ?”

  1. Merci de venir appuyer mon sentiment sur l’attitude que nous devons démontrer en tant que parent pour accompagner vers une juste réalisation notre enfant, mais aussi nous même.

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